Le projet de cluster scientifique et technologique sur le plateau de Saclay présenté le 12 novembre 2008 par Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, constitue un plan ambitieux de renforcement de l’attractivité de la zone Orsay-Saclay, elle-même élément-clé du cône sud francilien de l’innovation. C’est en effet à l’échelle de ce territoire - qui, outre Orsay-Saclay, comprend la Vallée scientifique de la Bièvre (VSB), Evry, Saint-Quentin-en-Yvelines et Versailles - qu’une réflexion cohérente et intégratrice prend toute sa mesure.
Or, les récents développements autour de l’OIN (Opération d'Intérêt National) constituée par ce projet de « Silicon Valley à la française » nourrissent des inquiétudes croissantes quant au devenir de territoires dont l’identité est indissolublement liée, depuis plusieurs décennies, à leur vocation universitaire et scientifique. Et parmi eux, le sud des Hauts-de-Seine en particulier.
Cette dimension spécifique et constitutive du sud des Hauts-de-Seine, qui repose sur l’économie de la connaissance, sur les secteurs de la recherche et de l’innovation, est riche d’une longue histoire : le lycée Lakanal (1) est ouvert dès 1885, grâce à une desserte facilitée par la ligne de chemin de fer dite « ligne de Sceaux », véritable épine dorsale le long de laquelle de nombreux établissements d’enseignement supérieur se sont implantés par la suite : cité universitaire internationale, ENS Cachan, ENS Fontenay, faculté Jean-Monnet, faculté de pharmacie, Ecole centrale de Paris, EPF, ESTP, ….
En tenant compte de cet aspect à la fois caractéristique et structurant, le projet de cluster « Campus Saclay » tel qu’il est proposé soulève de nombreuses interrogations quant au développement et à la pérennité de l’attractivité du sud du département des Hauts-de-Seine et de celui du Val-de-Marne.
D’une part, ce projet semble fragiliser les établissements qui y sont déjà implantés et qui participent de ce fait du rayonnement et de la vitalité du tissu urbain : doivent-ils se préparer à des relocalisations ? Quid des collectivités – et de leurs habitants - qui accueillent ces structures à l’heure actuelle ? Quel sera le sort des terrains hypothétiquement « libérés », notamment à l’aune du projet de loi pour l’accélération des programmes de constructions et d’investissements publics et privés, qui prévoit à son article 2 la suppression du droit de préemption urbain en vue de la réalisation d’opérations d’intérêt national (2) ?
D’autre part, le choix d’investir l’argent public – le coût de l’OIN est estimé à 3 milliards d’€ - dans une vaste opération de déménagement est-il pertinent au regard du contexte actuel de crise financière et du manque chronique de moyens directement alloués aux programmes de recherche dont souffre l’université française dans son ensemble ? Pourquoi ne pas repositionner le projet du cluster de Saclay dans la perspective d’une synergie des complémentarités d’ores et déjà constituées, territorialement et thématiquement, par les différentes composantes du cône sud francilien (dont le Pharmatechnopôle à Châtenay-Malabry, le CEA des sciences du vivant à Fontenay-aux-Roses) plutôt que de prendre le risque de déséquilibrer le maillage déjà existant en créant « sur un territoire réduit, un concentré d’excellence scientifique et technologique » (3) ? Et aller plus avant en constituant le pôle Santé-Biotech sur un axe Paris-VSB-Evry, un projet défendu par les membres de la conférence territoriale de la VSB, à laquelle je participe depuis sa création voici plus de dix ans ?
Avec de nombreux élus du sud parisien, je mets en garde contre le risque de désertification de notre territoire : la vie universitaire et tous les aspects qui en découlent ont durablement marqué le territoire du sud altoséquanais et val-de-marnais. Ne gâchons pas ce patrimoine et, au contraire, valorisons-le pour faire en sorte que le développement économique ne soit pas synonyme de hautes tours de bureaux !
(1) premier « lycée parisien à la campagne »
(2) Cf. article 2 du projet de loi n° 1360 du 19 décembre 2008 portant modifications au code de l’urbanisme.
(3) Cf. Dossier de présentation du projet de cluster sur le plateau de Saclay diffusé en novembre 2008, p.8.


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